Il est des hommes nés pour inscrire durablement leur nom dans les annales de leur nation. Yoane Wissa, 29 ans, en fait partie. Ce dimanche 28 juin 2026 à Atlanta, il a de nouveau endossé le costume de héros en envoyant son équipe en 16es du Mondial 2026, grâce à un doublé magistral contre l’Ouzbékistan.
Le coup de froid
La rencontre a pourtant très mal débuté. Subjugués par l’enjeu, les Léopards ont rapidement été secoués par l’ouverture du score éclair des Loups Blancs dès la 30e seconde de jeu. Heureux sur le coup, les Congolais s’en sont bien tirés grâce à l’arbitre assistant, qui a signalé un hors-jeu d’Ashurmatov. Mais la RDC a fini par être assommée à la dixième minute : sur une incompréhension fatale entre Wan Bissaka et son gardien, Lionel Mpasi, Shomurodov a lobé ce dernier pour pousser le ballon dans le but vide.
Dans leur volonté de refaire rapidement leur retard, les Léopards ont tout fait à l’envers. Les passes trouvaient rarement preneur, les duels étaient perdus les uns après les autres, et le milieu de terrain se faisait étouffer par un pressing adverse d’une grande intensité. Pour ne rien arranger, les lignes trop étirées rendaient impossible la moindre circulation fluide. Seule éclaircie dans ce sombre tableau de la première période : Brian Cipenga. Le tout nouveau sociétaire d’Almería a joué avec une justesse remarquable. Il a couru, effacé ses vis-à-vis et enchaîné les centres, malheureusement sans trouver preneur.
Le phénoménal Wissa
À la pause, les espoirs de qualification s’envolaient comme de la fumée dans le ciel étoilé d’Atlanta. Au retour des vestiaires, le sélectionneur Sébastien Desabre a fait preuve d’audace. Fait inhabituel, il a rappelé sur le banc son attaquant vedette, Cédric Bakambu, pour lancer le Ballon d’or africain Fiston Mayele. Dès l’entame de la seconde période, les Léopards ont montré plus d’envie et de cohérence, raflant la quasi-totalité des deuxièmes ballons.
À l’heure de jeu, les Congolais, alors virtuellement éliminés, couraient toujours après le score. Un centre de Cipenga – encore lui – après une combinaison avec Masuaku a frôlé la tête de Wissa, sans inquiéter Nematov. Desabre scrutait sa montre, frustré. C’est alors qu’il a sorti son second coup de maître : un triple changement tactique pour lancer Théo Bongonda, Meschack Elia et Noah Sadiki afin de verrouiller l’arrière-garde.
Ces choix ont été immédiatement rentabilisés. L’occupation territoriale de la RDC ne laissait plus aucun répit aux défenseurs ouzbeks, qui ont multiplié les fautes. À la 65e minute, Wissa a été fauché dans la surface alors qu’il tentait un retourné. L’arbitre a désigné le point de penalty et l’attaquant de Newcastle s’est fait justice lui-même en prenant Nematov à contre-pied pour l’égalisation (1-1).
Survoltés, les Léopards ont poussé. Mayele, en parfait renard des surfaces, a profité d’un exploit d’Elia, qui avait éliminé deux défenseurs. Le tir dévié de ce dernier est arrivé dans les pieds de Mayele, qui a poussé le ballon au fond des filets pour le but du 2-1 (75e). La RDC reprenait son destin en main, mais il fallait se mettre définitivement à l’abri. Wissa s’en est chargé de la plus belle des manières dans le temps additionnel. Sur une action venue de la gauche, Mayele a déclenché une frappe puissante qui a longé la ligne de but jusqu’à Elia. Sur la remise instantanée de ce dernier, Wissa, d’une superbe reprise, a nettoyé les cages de Nematov pour sceller le score à 3-1.
Un homme a suffi pour conjurer le sort. Adieu le traumatisme du Mondial 1974, où le pays encaissait 14 buts sans en marquer un seul. Cinquante-deux ans plus tard, la RDC est qualifiée pour la phase à élimination directe parmi les meilleurs troisièmes, avec 4 points et une différence de buts de +1. Que peut désormais faire en 16e de finale une équipe qui a déjà rempli tous ses objectifs ? Jouer son va-tout sans le moindre complexe. Même si l’adversaire s’appelle l’Angleterre.
