Les caméras de la réalisation internationale ne s’y sont pas trompées : le président Félix Tshisekedi est apparu à trois reprises sur les écrans géants du stade de Houston, ce mercredi 17 juin, installé aux côtés du patron de la FIFA, Gianni Infantino. Un déplacement officiel logique dans un pays où le football dépasse largement le cadre du sport.
Parades monstres à Kinshasa, promesses de villas et de voitures de luxe pour les héros de la qualification : au Congo, la démesure est de mise pour célébrer les Léopards. Dans une nation confrontée à d’importants défis socio-économiques, le ballon rond agit comme un baume social. Il unit les communautés et permet d’envisager un avenir serein, le temps d’une soirée. Le 5 avril dernier, devant une foule immense réunie sur l’esplanade du Palais du Peuple, Félix Tshisekedi avait promis d’exaucer les vœux les plus fous des joueurs s’ils ramenaient la RDC au Mondial.
Les Jeeps de Joseph Kabila
Avant lui, Joseph Kabila avait appliqué la même méthode. En 2009, après une longue traversée du désert, la RDC a remporté la première édition du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) face au Ghana (2-0). Pour exprimer la reconnaissance de la patrie, le chef de l’État avait offert à chaque joueur et membre du staff une voiture de marque Toyota Prado, communément appelée « jeep » à Kinshasa. Sept ans plus tard, après un nouveau triomphe face au Mali (3-0), la même récompense d’une valeur de 50 000 euros a été distribuée, le président saluant alors « un bonheur qui mobilise tous les Congolais ».
Mobutu : le roi de la démesure
Mais le maître incontesté de la mise en scène sportive reste Mobutu Sese Seko. Le dictateur avait fait venir le roi Pelé et son club du Santos FC à Kinshasa pour un match de prestige au stade Tata Raphaël (rebaptisé plus tard stade du 20 Mai). Lors du premier sacre continental des Léopards en 1968, les joueurs avaient reçu des villas dans le quartier Salongo (commune de Lemba) ainsi que d’importantes sommes d’argent.
En 1974, l’année du doublé à la CAN face à la Zambie et de la qualification pour le Mondial en Allemagne, Mobutu a fait distribuer des voitures Volkswagen. Le « Léopard du Zaïre », un surnom qu’il s’était lui-même attribué avant de l’offrir à l’équipe, a toutefois brutalement coupé les ponts après la déroute au Mondial (14 buts encaissés, aucun inscrit). Les archives révèlent qu’une sombre affaire de primes détournées avait poussé les cadres de l’époque à saboter volontairement leurs matchs pour protester contre le pouvoir.
